about A story

Récits

Tu quittes le lieu d’origine et tu poses ton regard sur lui.
Tu sens la fatigue qui te prend.
C’est une fatigue lourde.
La nuit a été mauvaise.
Tu veux une chambre, un lit avec des draps blancs.

Tu as fermé les yeux.
Tu attends qu’il te demande de venir.
Tu vois les lumières dans la nuit.
Tu vois cette désolation.
Tu vois cette chambre claire.
Tu vois la porte qui s’ouvre et la main qui se tend.

C’est une lumière noire. Elle ne dévoile rien.

Tu cherches ce qui t’éloigne de la perte.
Tu penses à l’homme, à la terre.
Tu te demandes dans quel état est son visage.

Tu songes à l’autre pays.
Tu regardes l’enfant qui vient dans la lumière de la porte.
Tu voudrais que ce soit le matin de sa naissance.

Il y a la route, le pays dans le paysage.
Nous sommes partis ce matin-là.
Les montagnes, te souviens-tu du dessin des montagnes et du volcan, de la noirceur du volcan aujourd’hui éteint ?
L’avion, le chalutier et l’humidité de l’île.
Notre long sommeil juste après.

Tu te diriges vers le lit, tu sais qu’il attend de voir ton visage.
Tu as peur de découvrir le sien.
Sa main.
Tu penses à sa main.

Maintenant, tu acceptes de partir.
Tu vois cette chambre, tu entends la voix qui dit viens.
C’est le seul chemin possible pour toi.

- Je ne veux pas que tu aies peur.
- J’ai peur.
- Je t’en prie, reste dans la photographie.
- C’est une image, tu dis.
- C’est l’image d’un enfant qui se tient droit.
- C’est après la mort, la disparition.

Tu ôtes tes vêtements. Tu te couches.
Tu restes dans la distance.
Tu t’approches du corps.
Tu es émue par l’odeur, tu découvres la nuit, tu explores la terre et tu sens que tu bascules.

Tu sais que demain sera demain.
Tu ouvres la porte, tu regardes ce qui se cache derrière.

Le lit est noir et blanc.
Tu aspires à la douceur du meurtre.
Tu lui tournes le dos et la regarde comme un ange.

Le chemin se profile devant toi.
Tu veux raconter l’histoire, tu veux te perdre et regarder ta perte, ton abandon.

Tu sens l’essence de toi, le lieu d’origine, aussi brutal que beau.

La chambre de l’hôtel est presque vide.
Tu aimes la fragilité de ce lieu.
Tu veux qu’il te prenne et qu’il te mène jusqu’à l’absence de vie.

Ils ôtent ses vêtements.
Ils referment son visage.
Tu dois sortir, tu dois rentrer.
Tu refuses l’évidence.
Tu arrives à lui dire, juste avant le départ,
mais tu n’es pas là à l’heure du passage.
Tu restes dans l’arrière-pays.

Tu vois son visage et tu devines l’éternité à venir.

Tu sens le parfum étrange de la terre
et ce qui se passe dedans, dans cette béance.

Regarde la lumière et sois aveugle.
Viens et oublie le goût des choses,
apprends cette saveur et imprime-là sur ta peau.

Là-bas, dans l’autre pays, du côté de la mer,
j’ai vu des hommes.

Le visage de l’enfant reste muet.
C’est la fierté de son regard que tu cherches dans ce paysage
et la ligne sans fin,
la caresse de la terre.

La pause est longue.
L’histoire a lieu dans l’image que tu composes.

Je me tiens là, devant toi.
Je me prête au jeu.
Tu me le demandes.

Le paysage se répète à un rythme lent.

Il y a dans la nuit
une mer très douce et noire.

Je cherche le point de départ.
L’autre rive me semble familière.

Dans le profond silence,
je retrouve ta voix et je dis ton prénom tout bas.
Où es-tu ?

Je lui caresse la joue et ton visage
inconnu,
lointain
me revient quelques fois, comme une ombre.

La nuit est arrivée comme le froid,
un matin.

texte de Virginie Devilllers.

DVD Video noir et blanc 12 '

Life’s single lesson: that there is more accident to it than a man can admit to in a lifetime, and stay sane. Thomas Pynchon cité par Paul Graham.